Le rôle essentiel des réseaux commerciaux de proximité
Les commerces de proximités sont menacés. Pourtant, au delà de leur rôle strictement commercial, ils jouent un rôle social essentiel.
Un livre récent vient opportunément de souligner le rôle de lien social de certains commerces (1). Deux psychosociologues sont partis à la découverte des « bistrots », des cafés, des bars, on ne dit plus des assommoirs. Ces lieux qui émaillent la ville, dorénavant, apparaissent également comme des lieux de vie, comme un bol d’oxygène dans une société plus dure. Mais comme pour bon nombre d’autres commerces de proximité, cette popularité renaissante relève du fait que les consommateurs n’ont pas simplement besoin de produits. Ils ont aussi besoin de lien social qui leur est fourni par des commerces de proximité à l’histoire particulière. Au-delà des lieux de rencontre, des professionnels de proximité facilitent notre quotidien sans qu’on s’en rende compte pour autant.
Les commerces de proximité proposent des biens ou services indispensables à tous les coins de rue. La boulangerie, malgré la diversification de la consommation, reste le symbole du lieu où l’on se procure la nourriture de base qu’est le pain. Mais au-delà, ces commerces de proximités proposent un autre service : celui de lien social. Frédéric Jaugey a choisi d’installer son fournil en pleine campagne aveyronnaise, après avoir grandi en banlieue parisienne. Il ne s’agira pas seulement d’une simple boulangerie, mais plutôt d’un lieu de rencontres où se tissent des liens sociaux afin, dans ce projet porté avec la mairie, d’apporter un nouveau moteur pour la vie de la commune.
Ce rôle de point de rencontre de proximité qui apporte un service essentiel est également tenu par les opticiens. Ceux-ci fournissent l’outil, et les services qui vont avec, indispensable à la vie moderne. Les lunettes sont désormais indispensables pour travailler et se distraire dans un monde où l’écrit et l’image est omniprésents. Ces professionnels sont présents au plus près du client. Ainsi, les 1200 opticiens, membres du réseau Optic 2000, représentent la première enseigne de distribution en France, hors distribution alimentaire. Mais, comme tous les commerces de proximité, les opticiens d’Optic 2000 aident les citoyens qui les côtoient. C’est ainsi que le réseau Optic 2000 a créé des centres de conseil, qu’il s’agisse de deux centres spécialisés basse vision ou de centres destinés aux malvoyants pour simplement informer et conseiller des personnes qui ne disposent pas forcément de la mutuelle permettant de faire appel à un ophtalmologue. Le lien social passe ainsi par le service offert par Optic 2000. Le commerce de proximité passe également, d’ailleurs, par un projet d’entreprise proche des gens. La structure relevant du secteur de l’économie sociale adoptée par le réseau Optic 2000, ou chaque commerçant pèse par son vote, incite chaque opticien à jouer un rôle social au service d’un projet collectif.
A plus grande échelle, ce rôle essentiel de proximité est également tenu par des grands services publics comme EDF. EDF a renoué avec son histoire lors de la tempête de 1999. En 1945, les salariés de l’entreprise s’étaient illustrés dans la bataille pour l’électricité et la modernisation du pays. En 1999, les électriciens, salariés et retraités, ont retrouvé ce rôle en se mobilisant pour redonner la lumière à un pays durement éprouvé par des rafales de vent jamais vues qui laissèrent 3,4 millions de familles dans le noir. Malgré la transformation de ce service public en entreprise privée, le service de proximité perdure. Les agences EDF restent ouvertes et les gaziers et électriciens viennent relever les compteurs et apportent conseils et services personnalisés aux clients. Mais c’est surtout le service postal qui conservé son souci de proximité. La Poste, qui doit veiller à la bonne transmission du courrier et donc, pour cela, maintenir une présence suffisante de ses bureaux sur l’ensemble du territoire, est particulièrement impliquée dans l’aménagement du territoire et le maintien du lien social, et prend part à de nombreuses actions protégeant l’avenir et le développement des territoires en prenant en compte les projets économiques et sociétaux locaux, notamment les PLU (Plans locaux d’urbanisme), les PDU (Plans de déplacements urbains) et PDE (Plans de déplacements entreprise) ou les schémas locaux d’accessibilité.
Les bureaux de La Poste, qui traditionnellement étaient un lieu de rencontre dans le village, retrouvent ce rôle historique en proposant désormais des services devenus indispensables comme la photocopieuse ou des services financiers simples et adaptés à une clientèle qui se sent parfois rejetée par les banques traditionnelles.
Mais la Poste réduit le nombre de ses bureaux pour des raisons budgétaires. Ce n’est que partie remise. Un nouveau réseau s’est créé pour suppléer cette administration. Kiala, puisque tel est nom, utilise les commerces de proximité déjà existants comme les épiceries, les librairies, les pressings pour servir de dépôts de colis près des clients. Le commerce de proximité renforce son rôle de lien social avec un service supplémentaire.
Ces commerces de proximité, public et privé, représentent au fond un véritable service public où l’on achète, certes, mais où l’on peut également se retrouver entre amis, entre connaissances, entre membres d’une même association. Allez chez l’un de ces commerçants, et vous verrez des gens parler entre eux, retrouver le plaisir de communiquer, d’échanger. Ce qui manque aujourd’hui dans notre société privée de sens.
(1) Une vie de zinc, le bar, ce lien social qui nous unit, Josette Halégoi et Rachel Santerne, Le Cherche Midi Editeur
Pour approfondir un dossier très complet du conseil économique et social :
http://www.conseil-economique-et-social.fr/rapport/rapsec/RS100430.pdf
Une contribution intéressante :
http://debatsactuels.blogspot.com/2011/08/quand-les-entreprises-sinvestissent.html
Un témoignage de terrain :
http://www.loir-et-cher.cci.fr/home/liblocal/docs/connaitre/magazine/94/dossier1.pdf









