Jean-Paul Huchon : “Traiter ensemble trois exigences : la justice sociale, l’impératif écologique et l’ambition économique”
Le candidat sortant à la tête de la région Ile de France répond aux questions d’Yvelines Infos. Prenant le contre-pied de ses concurrents sans focaliser sur les transports franciliens, il pointe les paradoxes d’une région très riche. Sur le logement, notamment. Il annonce le principe d’un “loyer solidaire” et davantage d’efforts consacrés à la formation des jeunes.
Yvelines Infos : Quelles sont pour vous les sujets prioritaires au niveau de la région pour les trois prochaines années ou à plus long terme ?
Face à une droite qui divise et agit pour son seul clan, je veux la Région du bouclier social. Pour cela, nous devons traiter ensemble trois exigences : la justice sociale, l’impératif écologique et l’ambition économique. La Région peut en effet agir pour plus de justice sociale. Nous voulons ainsi accompagner les jeunes, investir massivement dans une santé publique démantelée par le gouvernement ou encore proposer un pacte logement. Je veux également réussir la transition écologique en Ile-de-France. Pour moi, l’écologie n’est pas un luxe réservé à ceux qui en ont les moyens. Vivre dans un environnement durable est un droit pour tous. Je veux promouvoir une écologie sociale, une écologie du quotidien, afin de donner les moyens à chacun d’adapter ses modes de vie et de consommation. L’avenir de notre économie, c’est enfin la qualification des Franciliens. En dix ans, nous avons construit ou rénové 253 lycées. Nous avons porté le nombre de jeunes en alternance à presque 100.000 par an. Je veux aller plus loin : pour soutenir la formation initiale, nous concentrerons nos efforts sur la lutte contre le décrochage scolaire dans les lycées et dans les premiers cycles universitaires. Nous développerons l’apprentissage et l’accès aux contrats de professionnalisation pour les jeunes et les adultes sans qualification.
Yvelines Infos : Un rapport sur le “mal-logement” de la Fondation Abbé Pierre est venu alimenter le débat de ces régionales.
J’ai lu ce rapport avec attention. C’est un camouflet sévère pour le gouvernement. La politique du logement menée actuellement sur notre territoire souffre de deux lacunes majeures : elle ne favorise pas la production d’un nombre de logements sociaux correspondant à la demande et surtout, elle ne permet pas de mieux répartir le parc social sur le territoire. Résultat : l’Ile-de-France compte entre 10.000 et 12.000 logements insalubres et près de 400.000 familles sont en attente d’un logement social. Le logement et tout particulièrement le logement social est une des plus criantes illustrations de l’importance des inégalités sociales et territoriales qui caractérisent notre région. C’est pour toutes ces raisons que nous avons décidé de faire du logement social une grande cause régionale. Depuis 1998, nous avons ainsi multiplié par plus de quatre le budget consacré au logement et à l’habitat. Au total, c’est plus de 240.000 logements sociaux qui ont bénéficié de l’aide régionale pour leur construction ou leur réhabilitation. Objectif : permettre ainsi à ce que chaque Francilien puisse bénéficier d’un véritable « parcours résidentiel » à partir d’une offre la plus diversifiée possible. Pour sortir de la crise du logement, je propose que nous allions encore plus loin. J’engagerai un programme de mise à disposition gratuite de terrains pour la construction de logements sociaux. Je proposerai également aux maires bâtisseurs un Pacte pour atteindre l’objectif régional de 30% de logements sociaux. Plus l’effort de construction sera élevé, plus la Région participera au financement d’équipements publics. Je souhaite également généraliser le dispositif « louez solidaire » mis en place par la Mairie de Paris. Enfin, pour les jeunes Franciliens confrontés au mal logement, je souhaite que soit prise en charge la caution et le dépôt de garantie.
Yvelines Infos : Quels projets pensez-vous mettre en place en matière d’emploi ?
Le développement économique de notre Région — risquons sans honte le mot de « croissance » — est essentiel pour les Franciliennes et les Franciliens. Il faut créer les emplois de demain et donc donner la priorité à l’Université et à la Recherche et à notre réseau de PME. C’est pourquoi, je propose de consacrer 250 millions d’euros aux fonds d’investissements régionaux ; de créer, pour les PME, un guichet unique qui simplifie l’accès aux aides ; de signer, notamment pour les TPE, une charte, un « small business act » leur permettant d’accéder à la commande publique, à l’export, aux brevets, à la gestion des ressources humaines. Je propose de doubler le nombre de couveuses, de pépinières et d’incubateurs d’entreprises sur notre territoire ; d’amplifier notre politique en faveur de l’économie sociale et solidaire, vivier d’emplois pour demain. Nous ouvrirons nos dispositifs destinés aux PME innovantes à ces entreprises. Nous participerons au capital de certaines entreprises soit stratégiques, soit en difficulté passagère. Ces interventions seront réservées aux entreprises écologiquement et socialement responsables. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons l’intention de créer un label Haute qualité sociale (HQS). Sur le modèle de la Haute qualité environnementale (HQE), ce label intègrera des critères sociaux (santé, égalité, sécurité, dialogue social, non discrimination) dans les projets financés par la Région. J’ai une autre préoccupation : 165.000 entreprises vont changer de main dans les 10 prochaines années. Pour y répondre, je créerai un fonds régional pour la transmission et la reprise d’entreprise en favorisant la reprise par les salariés. L’emploi de demain, c’est aussi l’innovation, l’université et la recherche. Nous avons engagé un effort massif, via le contrat de projet Etat/Région, en faveur de la recherche. Nous le poursuivrons. En outre, nous nous engageons pour l’avenir avec l’installation d’une Cité numérique à vocation mondiale, un soutien aux jeunes scientifiques et aux post-doctorants. Bien évidemment, nous renouvellerons notre programme d’emplois-tremplins, avec l’engagement de 10.000 nouveaux emplois dans les associations et les structures d’insertion par l’économie.
Yvelines Infos : Quelle est votre implication personnelle dans les sujets régionaux ?
Totale. J’ai été un Président de Conseil régional à plein temps. Je m’engage à l’être également pour la prochaine mandature. Je le dois aux Franciliennes et aux Franciliens.









