BUC — L’OPERA POUR REVIVRE L’HISTOIRE D’UN PATRIMOINE D’EXCEPTION

13 avril 2010
By thaminy
Buc

Men­tionné pour la pre­mière fois au début du XIIIe siè­cle, Buc est installé sur les bords de la val­lée de la Bièvre. L’église « Saint-Jean Bap­tiste » date de cette époque et le fief est alors partagé entre plusieurs seigneurs.

Vers 1660, le ter­ri­toire de la com­mune est rat­taché au grand parc de chasse du domaine de Versailles.

Au cœur d’un site pat­ri­mo­nial d’exception dont l’histoire est indis­so­cia­ble de celle du château de Ver­sailles et de son roi Soleil « Louis XIV », la ville de Buc fera revivre, pour la  4ème année con­séc­u­tive, le château et son parc à tra­vers « la nuit de l’opéra », un opéra de plein air dirigé par « Opera Clas­sica Europa de Frank­furt », une troupe de renom­mée inter­na­tionale com­posée de plus de 120 artistes plus pas­sion­nés les uns que les autres, à la recherche de sites his­toriques en vue de faire revivre leur âme.

Après Tosca, Car­men et le Bar­bier de Séville, ce sont les accords de Verdi qui fer­ont vibrer le château de Buc et son  parc le samedi 26 juin 2010 à 21h00 à tra­vers la tragédie lyrique Otello : jalousie, intrigues, vengeance, meurtre sont les prin­ci­paux ingré­di­ents de ce drame dont le livret d’Arrigo Boito a été adapté de l’œuvre de Shake­speare mag­nifiée par une par­ti­tion d’une infinie richesse, et par un cadre sub­lime qui invite à un voy­age dans le temps;

 Le 17ème siècle…

 Tout com­mence par une ren­con­tre, des plus banales, entre le Louis XIV et la dame d’honneur de la reine Marie Thérèse d’Autriche, épouse du roi. La ren­con­tre est favorisée par l’affaiblissement de l’attrait du roi à l’égard de sa maîtresse royale en titre, Made­moi­selle Louise de La Val­lière, qui, pour­tant, lui vouait un amour sincère et dévoué.

 Plus con­nue sous le nom de Madame de Mon­tes­pan, Françoise-Athénaïs de Roche­chouart de Mortemart est née à Lussac-les-châteaux, le 5 octo­bre 1640.

Très jeune, elle est placée au cou­vent pour être pré­parée à sa future vie à la cour de France.

A vingt ans, elle est con­duite à Paris et admise à la cour sous le nom de demoi­selle de Tonnay-Charente puis nom­mée demoi­selle d’honneur de la reine.

 En 1663, elle épouse le mar­quis de Mon­tes­pan, Louis Henry de Par­dail­lon de Gondrain.

 En plus d’être belle, joviale et cul­tivée, elle est dotée d’un esprit vif et fin. Louis XIV se laisse charmer par cette agréable con­teuse, qui, pour amuser le roi, n’hésite pas à ridi­culiser les gens de la Cour.

 La mar­quise a su  gag­ner le cœur du roi et saisir la chance qui se présen­tait à elle.  Elle devient la maîtresse de Louis XIV en mai 1667.

 Lorsqu’il apprend la nou­velle, son mari, le mar­quis de Mon­tes­pan, fait un scan­dale à la Cour. Il est prompte­ment enfermé au For-l’Évêque, puis exilé sur ses ter­res, en Gascogne, d’où il ne sor­tira plus jusqu’à sa mort.

 La maîtresse ambitieuse a de l’influence sur le roi. De nom­breux min­istres et cour­tisans se soumet­tent à elle et suiv­ent ses con­seils. Elle est sou­vent admise aux réu­nions du roi avec ses min­istres. Elle con­naitra ainsi de nom­breux secrets d’État.

 Madame de Mon­tes­pan aimait le luxe. Elle donne un grand essor au génie des beaux-arts et con­tribue à dévelop­per chez Louis XIV le goût des grandes choses et de la magnificence.

Dans son majestueux château de Clagny con­struit par le roi, la mar­quise crée autour d’elle une cour bril­lante où domine le bel esprit. Elle pro­tégea notam­ment La Fontaine, Molière, et Quinault.

 De ses amours avec le roi nais­sent huit enfants adultérins dont qua­tre seule­ment atteignent  l’âge adulte :

Louise Françoise (1669–1672),

Louis Auguste de Bour­bon, duc du Maine (1670–1736),

Louis César de Bour­bon, comte de Vexin, abbé de Saint-Germain-des-Prés (1672–1683),

Louise Françoise de Bour­bon, Made­moi­selle de Nantes (1673–1743), épouse de Louis III de Bourbon-Condé, duc de Bour­bon, 6e prince de Condé,

Louise Marie Anne de Bour­bon, Made­moi­selle de Tours (1674–1681),

Françoise Marie de Bour­bon, la sec­onde Made­moi­selle de Blois (1677–1749), épouse Philippe d’Orléans, futur régent,

 Et enfin Louis-Alexandre, le dernier, né à Ver­sailles le 6 juin 1678 et pour lequel Louis XIV ordonne Vers 1690 la con­struc­tion, dans un style clas­sique inspiré de celui de Ver­sailles, d’un château à Buc pour le sous­traire aux yeux de la cour.

Légitimé et fait comte de Toulouse en 1681, Louis Alexan­dre est nommé Duc de Penthièvre en 1697 et Duc de Ram­bouil­let en 1711.

 « C’était un homme fort court, mais l’honneur, la vertu, la droi­ture, la vérité, l’équité même, avec un accueil aussi gra­cieux qu’un froid naturel, mais glacial, le pou­vait per­me­t­tre; de la valeur et de l’envie de faire, mais par les bonnes voies, et en qui le sens droit et juste, pour le très ordi­naire, sup­pléait à l’esprit ; fort appliqué d’ailleurs à savoir sa marine de guerre et de com­merce et l’entendant très bien », a dit de lui Saint-Simon, un mem­bre de la noblesse française, célèbre pour ses mémoires qui racon­tent par le menu la vie à la Cour aux temps du roi Louis XIV et de la Régence.

 En juil­let 1714, un édit du Roi déclare le comte de Toulouse apte à suc­céder au trône à la suite des princes légitimes et lui donne le rang de prince du sang.

Cet édit est cassé par le Par­lement de Paris en 1717, mais con­traire­ment à son frère, le comte de Toulouse n’est pas écarté du pou­voir. Il entre au Con­seil de Régence où il occupe, jusqu’en 1722,les fonc­tions de chargé de la marine.

 Le 2 février 1723, Louis-Alexandre fait un mariage d’amour  avec Marie-Victoire-Sophie de Noailles, mar­quise de Gondrin.

 « Il y avait assez longtemps, que le comte de Toulouse avait pris beau­coup de goût pour la mar­quise de Gondrin aux eaux de Bour­bon, où ils s’étaient ren­con­trés et fort vus. Elle était sœur du duc de Noailles qu’il n’aimait ni n’estimait, et veuve avec deux fils du fils aîné d’Antin, avec qui il avait eu tou­jours beau­coup de com­merce et de liaisons de con­ve­nance et de bien­séance, parce qu’ils étaient tous deux fils de Madame de Mon­tes­pan. Madame de Gondrin avait été dame du palais sur la fin de la vie de madame la Dauphine, jeune, gaie, fort Noailles, la gorge fort belle, un vis­age agréable, et n’avait point fait par­ler d’elle. L’affaire fut con­duite au mariage dans le dernier secret. » écrit Saint-Simon.

  De cette union ne naî­tra qu’un fils, Louis-Jean-Marie de Bourbon-Penthièvre (1725–1793).

 Le Comte a vécu de longues années dans le château de Buc en com­pag­nie de son épouse. A la fin de sa vie, il se retire dans son château de Ram­bouil­let, acheté en 1706 à Joseph Fleuriau d’Armenonville, où il meurt le 1er  décem­bre 1737 des suites d’une opéra­tion. Il est inhumé, ainsi que sa famille, dans la Chapelle royale de Dreux.

 N’y voy­ant là qu’un gouf­fre financier en répa­ra­tions, en plus d’être le sym­bole des  amours illégitimes de son arrière grand père, le roi Louis XV ordonne la démo­li­tion du château de Buc qui n’était plus en très bon état.

La veuve du Comte met tout en œuvre pour sauver l’édifice en inter­férant, par une requête très appuyée du  Maréchal de Noailles, auprès de Mon­sieur Mau­repas, min­istre du roi, mais en vain. Mal­gré l’estime par­ti­c­ulière dont elle jouis­sait auprès du Roi, Louis XV signe l’arrêt de démo­li­tion du château le 28 novem­bre 1741…

En 1869, soit plus de 120 ans après la destruc­tion du château, Léon THOMAS, un riche bour­geois parisien, redonne vie à la vaste demeure qu’il recon­struit en deux ans en calquant l’ancien modèle.

La pro­priété s’étend sur huit hectares et com­prend : bâti­ment, jardins d’agrément, potagers, bois d’agrément et terres.

A l’époque, Léon THOMAS est le plus fort con­tribuable Bucois. Il est imposé sur la base des cinquante-quatre fenêtres que compte le château. L’impôt sur les portes et fenêtres n’étant aboli qu’en 1927 par le Min­istre CAILLAU.

Le château  aux cinquante-quatre fenêtres est bâti en trompe l’œil sur trois niveaux ter­minés par un attique dans un style clas­sique du XVI­I­Ième siè­cle. Il est édifié avec de la meulière, et recou­vert d’un enduit de fausse pierre, un con­cept nova­teur en cette fin de siè­cle. Il pos­sède un grand  bal­con de style Louis XV orné d’un garde corps en fer forgé provenant de l’ancien château, sur­monté de deux bustes placés dans des niches à même la façade de l’édifice.

Des mas­carons ornent les baies du rez-de-chaussée et une guir­lande court au dessous de la corniche.

Un peu à l’écart se trouve un petit pavil­lon annexe, le dernier reste des con­struc­tions d’origine du XVIIe siècle.

Le parc est créé en s’inspirant des jardins de Versailles

Léon THOMAS  occupe le château  jusqu’en 1893, date à laque­lle, il revend sa pro­priété à Noël BARDAC, un riche ban­quier parisien qui, comme de nom­breux citadins de l’époque, aimait venir se ressourcer à Buc et dans cette somptueuse demeure.

L’un des salons du château est mon­tré comme un mod­èle de grâce et de bon goût, avec chem­inée et meubles riche­ment décorés.

 

Devenu Con­seiller Munic­i­pal de Buc, il restera au château jusqu’à la fin de sa vie. Il est décrit comme un homme généreux, servi­able et bon maître pour ses nom­breux domestiques.

Après sa mort sur­v­enue en 1918, le château est cédé à Mar­cel Gen­tilli di Giuseppe, un ital­ien arrivé très jeune en France.  Ingénieur chimiste,  il est pas­sionné d’astronomie. 

En 1923, il installe dans les jardins du château un téle­scope SCHAER géant de 60 Cen­timètres d’ouverture, un instru­ment de très haute qual­ité pour l’époque.

Dans les années 30, Mar­cel Gen­tilli di Giuseppe devient l’un des astronomes ama­teurs les plus réputés de France

En 1929, il quitte Buc pour Paris. Le domaine est alors acquis par un cou­ple d’américains, Mon­sieur Ray­mond Mac Cune, ingénieur et son épouse Maude qui aiment la grande vie et les grandes récep­tions. Pour hon­orer au mieux leurs con­vives, ils trans­for­ment le domaine en un véri­ta­ble “petit Ver­sailles”, entretenu par de nom­breux Bucois : cham­brières, jar­diniers, char­retiers qui entrete­naient par­faite­ment le beau domaine.

Ce fab­uleux «petit Ver­sailles» qui s’était enrichi sous ses divers acquéreurs de nou­velles stat­ues, d’un grand bassin au milieu duquel on avait dressé une fontaine soutenue de trois énormes dauphins, de ce tem­ple de l’Amour, copie de celui de Ver­sailles, sera par­ti­c­ulière­ment endom­magé pen­dant la sec­onde guerre mon­di­ale et men­acé de démolition…

En 1954, le cou­ple Mc Cune cède le château au Min­istère de l’Education Nationale qui en fait une annexe du Lycée PIERRE & MARIE CURIE de VERSAILLES.

Le château renait de dizaines d’années de silence. Trans­formé en inter­nat, il accueille des jeunes filles puis plus tard des garçons.

La com­mune de Buc le rachète en ruines en 1988 et décide de rénover ce pré­cieux pat­ri­moine en 2000.

Les jardins du château sont réamé­nagés par le paysag­iste Éric Pouchain dans les années 90. On y trouve une colon­nade d’ordre ion­ique ainsi qu’un ensem­ble sculp­tural de cinq œuvres, dont une allé­gorie de l’air, une autre du print­emps, un sphinx, un cou­ple de pan­thères et une Hébé avec l’aigle de Jupiter. Ces sculp­tures sont des copies d’œuvres d’Étienne Le Hon­gre et de Pierre Ier Legros. Le domaine, devenu aujourd’hui un jardin pub­lic, est agré­menté d’un canal.

Cette année, ce sont les accords de Verdi qui fer­ont vibrer le château de Buc et son  parc . 

Après Tosca, Car­men et le Bar­bier de Séville, la tragédie lyrique Otello s’invite au château  le samedi 26 juin 2010 à 21h00 : jalousie, intrigues, vengeance, meurtre sont les prin­ci­paux ingré­di­ents de ce drame dont le livret d’Arrigo Boito a été adapté de l’œuvre de Shake­speare mag­nifiée par une par­ti­tion d’une richesse infinie, et un cadre sublime.

 

 

 

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