BUC — L’OPERA POUR REVIVRE L’HISTOIRE D’UN PATRIMOINE D’EXCEPTION
BucMentionné pour la première fois au début du XIIIe siècle, Buc est installé sur les bords de la vallée de la Bièvre. L’église « Saint-Jean Baptiste » date de cette époque et le fief est alors partagé entre plusieurs seigneurs.
Vers 1660, le territoire de la commune est rattaché au grand parc de chasse du domaine de Versailles.
Au cœur d’un site patrimonial d’exception dont l’histoire est indissociable de celle du château de Versailles et de son roi Soleil « Louis XIV », la ville de Buc fera revivre, pour la 4ème année consécutive, le château et son parc à travers « la nuit de l’opéra », un opéra de plein air dirigé par « Opera Classica Europa de Frankfurt », une troupe de renommée internationale composée de plus de 120 artistes plus passionnés les uns que les autres, à la recherche de sites historiques en vue de faire revivre leur âme.
Après Tosca, Carmen et le Barbier de Séville, ce sont les accords de Verdi qui feront vibrer le château de Buc et son parc le samedi 26 juin 2010 à 21h00 à travers la tragédie lyrique Otello : jalousie, intrigues, vengeance, meurtre sont les principaux ingrédients de ce drame dont le livret d’Arrigo Boito a été adapté de l’œuvre de Shakespeare magnifiée par une partition d’une infinie richesse, et par un cadre sublime qui invite à un voyage dans le temps;
Le 17ème siècle…
Tout commence par une rencontre, des plus banales, entre le Louis XIV et la dame d’honneur de la reine Marie Thérèse d’Autriche, épouse du roi. La rencontre est favorisée par l’affaiblissement de l’attrait du roi à l’égard de sa maîtresse royale en titre, Mademoiselle Louise de La Vallière, qui, pourtant, lui vouait un amour sincère et dévoué.
Plus connue sous le nom de Madame de Montespan, Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart est née à Lussac-les-châteaux, le 5 octobre 1640.
Très jeune, elle est placée au couvent pour être préparée à sa future vie à la cour de France.
A vingt ans, elle est conduite à Paris et admise à la cour sous le nom de demoiselle de Tonnay-Charente puis nommée demoiselle d’honneur de la reine.
En 1663, elle épouse le marquis de Montespan, Louis Henry de Pardaillon de Gondrain.
En plus d’être belle, joviale et cultivée, elle est dotée d’un esprit vif et fin. Louis XIV se laisse charmer par cette agréable conteuse, qui, pour amuser le roi, n’hésite pas à ridiculiser les gens de la Cour.
La marquise a su gagner le cœur du roi et saisir la chance qui se présentait à elle. Elle devient la maîtresse de Louis XIV en mai 1667.
Lorsqu’il apprend la nouvelle, son mari, le marquis de Montespan, fait un scandale à la Cour. Il est promptement enfermé au For-l’Évêque, puis exilé sur ses terres, en Gascogne, d’où il ne sortira plus jusqu’à sa mort.
La maîtresse ambitieuse a de l’influence sur le roi. De nombreux ministres et courtisans se soumettent à elle et suivent ses conseils. Elle est souvent admise aux réunions du roi avec ses ministres. Elle connaitra ainsi de nombreux secrets d’État.
Madame de Montespan aimait le luxe. Elle donne un grand essor au génie des beaux-arts et contribue à développer chez Louis XIV le goût des grandes choses et de la magnificence.
Dans son majestueux château de Clagny construit par le roi, la marquise crée autour d’elle une cour brillante où domine le bel esprit. Elle protégea notamment La Fontaine, Molière, et Quinault.
De ses amours avec le roi naissent huit enfants adultérins dont quatre seulement atteignent l’âge adulte :
Louise Françoise (1669–1672),
Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670–1736),
Louis César de Bourbon, comte de Vexin, abbé de Saint-Germain-des-Prés (1672–1683),
Louise Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes (1673–1743), épouse de Louis III de Bourbon-Condé, duc de Bourbon, 6e prince de Condé,
Louise Marie Anne de Bourbon, Mademoiselle de Tours (1674–1681),
Françoise Marie de Bourbon, la seconde Mademoiselle de Blois (1677–1749), épouse Philippe d’Orléans, futur régent,
Et enfin Louis-Alexandre, le dernier, né à Versailles le 6 juin 1678 et pour lequel Louis XIV ordonne Vers 1690 la construction, dans un style classique inspiré de celui de Versailles, d’un château à Buc pour le soustraire aux yeux de la cour.
Légitimé et fait comte de Toulouse en 1681, Louis Alexandre est nommé Duc de Penthièvre en 1697 et Duc de Rambouillet en 1711.
« C’était un homme fort court, mais l’honneur, la vertu, la droiture, la vérité, l’équité même, avec un accueil aussi gracieux qu’un froid naturel, mais glacial, le pouvait permettre; de la valeur et de l’envie de faire, mais par les bonnes voies, et en qui le sens droit et juste, pour le très ordinaire, suppléait à l’esprit ; fort appliqué d’ailleurs à savoir sa marine de guerre et de commerce et l’entendant très bien », a dit de lui Saint-Simon, un membre de la noblesse française, célèbre pour ses mémoires qui racontent par le menu la vie à la Cour aux temps du roi Louis XIV et de la Régence.
En juillet 1714, un édit du Roi déclare le comte de Toulouse apte à succéder au trône à la suite des princes légitimes et lui donne le rang de prince du sang.
Cet édit est cassé par le Parlement de Paris en 1717, mais contrairement à son frère, le comte de Toulouse n’est pas écarté du pouvoir. Il entre au Conseil de Régence où il occupe, jusqu’en 1722,les fonctions de chargé de la marine.
Le 2 février 1723, Louis-Alexandre fait un mariage d’amour avec Marie-Victoire-Sophie de Noailles, marquise de Gondrin.
« Il y avait assez longtemps, que le comte de Toulouse avait pris beaucoup de goût pour la marquise de Gondrin aux eaux de Bourbon, où ils s’étaient rencontrés et fort vus. Elle était sœur du duc de Noailles qu’il n’aimait ni n’estimait, et veuve avec deux fils du fils aîné d’Antin, avec qui il avait eu toujours beaucoup de commerce et de liaisons de convenance et de bienséance, parce qu’ils étaient tous deux fils de Madame de Montespan. Madame de Gondrin avait été dame du palais sur la fin de la vie de madame la Dauphine, jeune, gaie, fort Noailles, la gorge fort belle, un visage agréable, et n’avait point fait parler d’elle. L’affaire fut conduite au mariage dans le dernier secret. » écrit Saint-Simon.
De cette union ne naîtra qu’un fils, Louis-Jean-Marie de Bourbon-Penthièvre (1725–1793).
Le Comte a vécu de longues années dans le château de Buc en compagnie de son épouse. A la fin de sa vie, il se retire dans son château de Rambouillet, acheté en 1706 à Joseph Fleuriau d’Armenonville, où il meurt le 1er décembre 1737 des suites d’une opération. Il est inhumé, ainsi que sa famille, dans la Chapelle royale de Dreux.
N’y voyant là qu’un gouffre financier en réparations, en plus d’être le symbole des amours illégitimes de son arrière grand père, le roi Louis XV ordonne la démolition du château de Buc qui n’était plus en très bon état.
La veuve du Comte met tout en œuvre pour sauver l’édifice en interférant, par une requête très appuyée du Maréchal de Noailles, auprès de Monsieur Maurepas, ministre du roi, mais en vain. Malgré l’estime particulière dont elle jouissait auprès du Roi, Louis XV signe l’arrêt de démolition du château le 28 novembre 1741…
En 1869, soit plus de 120 ans après la destruction du château, Léon THOMAS, un riche bourgeois parisien, redonne vie à la vaste demeure qu’il reconstruit en deux ans en calquant l’ancien modèle.
La propriété s’étend sur huit hectares et comprend : bâtiment, jardins d’agrément, potagers, bois d’agrément et terres.
A l’époque, Léon THOMAS est le plus fort contribuable Bucois. Il est imposé sur la base des cinquante-quatre fenêtres que compte le château. L’impôt sur les portes et fenêtres n’étant aboli qu’en 1927 par le Ministre CAILLAU.
Le château aux cinquante-quatre fenêtres est bâti en trompe l’œil sur trois niveaux terminés par un attique dans un style classique du XVIIIème siècle. Il est édifié avec de la meulière, et recouvert d’un enduit de fausse pierre, un concept novateur en cette fin de siècle. Il possède un grand balcon de style Louis XV orné d’un garde corps en fer forgé provenant de l’ancien château, surmonté de deux bustes placés dans des niches à même la façade de l’édifice.
Des mascarons ornent les baies du rez-de-chaussée et une guirlande court au dessous de la corniche.
Un peu à l’écart se trouve un petit pavillon annexe, le dernier reste des constructions d’origine du XVIIe siècle.
Le parc est créé en s’inspirant des jardins de Versailles
Léon THOMAS occupe le château jusqu’en 1893, date à laquelle, il revend sa propriété à Noël BARDAC, un riche banquier parisien qui, comme de nombreux citadins de l’époque, aimait venir se ressourcer à Buc et dans cette somptueuse demeure.
L’un des salons du château est montré comme un modèle de grâce et de bon goût, avec cheminée et meubles richement décorés.

Devenu Conseiller Municipal de Buc, il restera au château jusqu’à la fin de sa vie. Il est décrit comme un homme généreux, serviable et bon maître pour ses nombreux domestiques.
Après sa mort survenue en 1918, le château est cédé à Marcel Gentilli di Giuseppe, un italien arrivé très jeune en France. Ingénieur chimiste, il est passionné d’astronomie.
En 1923, il installe dans les jardins du château un télescope SCHAER géant de 60 Centimètres d’ouverture, un instrument de très haute qualité pour l’époque.
Dans les années 30, Marcel Gentilli di Giuseppe devient l’un des astronomes amateurs les plus réputés de France
En 1929, il quitte Buc pour Paris. Le domaine est alors acquis par un couple d’américains, Monsieur Raymond Mac Cune, ingénieur et son épouse Maude qui aiment la grande vie et les grandes réceptions. Pour honorer au mieux leurs convives, ils transforment le domaine en un véritable “petit Versailles”, entretenu par de nombreux Bucois : chambrières, jardiniers, charretiers qui entretenaient parfaitement le beau domaine.

Ce fabuleux «petit Versailles» qui s’était enrichi sous ses divers acquéreurs de nouvelles statues, d’un grand bassin au milieu duquel on avait dressé une fontaine soutenue de trois énormes dauphins, de ce temple de l’Amour, copie de celui de Versailles, sera particulièrement endommagé pendant la seconde guerre mondiale et menacé de démolition…

En 1954, le couple Mc Cune cède le château au Ministère de l’Education Nationale qui en fait une annexe du Lycée PIERRE & MARIE CURIE de VERSAILLES.
Le château renait de dizaines d’années de silence. Transformé en internat, il accueille des jeunes filles puis plus tard des garçons.
La commune de Buc le rachète en ruines en 1988 et décide de rénover ce précieux patrimoine en 2000.

Les jardins du château sont réaménagés par le paysagiste Éric Pouchain dans les années 90. On y trouve une colonnade d’ordre ionique ainsi qu’un ensemble sculptural de cinq œuvres, dont une allégorie de l’air, une autre du printemps, un sphinx, un couple de panthères et une Hébé avec l’aigle de Jupiter. Ces sculptures sont des copies d’œuvres d’Étienne Le Hongre et de Pierre Ier Legros. Le domaine, devenu aujourd’hui un jardin public, est agrémenté d’un canal.
Cette année, ce sont les accords de Verdi qui feront vibrer le château de Buc et son parc .
Après Tosca, Carmen et le Barbier de Séville, la tragédie lyrique Otello s’invite au château le samedi 26 juin 2010 à 21h00 : jalousie, intrigues, vengeance, meurtre sont les principaux ingrédients de ce drame dont le livret d’Arrigo Boito a été adapté de l’œuvre de Shakespeare magnifiée par une partition d’une richesse infinie, et un cadre sublime.














